Route des Vins d'Alsace : 170 km de vignobles et villages typiques

La Route des Vins d'Alsace est un itinéraire touristique balisé de 170 km qui longe le vignoble alsacien du nord au sud, de Marlenheim jusqu'à Thann. Ouverte en 1953, elle traverse une soixantaine de communes viticoles adossées au massif vosgien, dessert les villages et les grands crus de la région et reste la plus ancienne route des vins de France. On la parcourt en voiture, à vélo ou à pied par les sentiers viticoles.

La route des vins d'Alsace en quatre repères

  • 170 km, deux portes : Marlenheim au nord dans le Bas-Rhin, Thann au sud dans le Haut-Rhin, Colmar à mi-parcours. L'itinéraire se parcourt indifféremment du nord au sud ou du sud au nord.
  • Une véloroute du vignoble double la route sur l'essentiel du tracé, à distance des voitures : elle règle la question du conducteur au moment des dégustations en cave.
  • Trois villages viticoles par jour au maximum : au-delà, on traverse le paysage sans le voir. Compter quatre à cinq jours pour la totalité de la région, Marlenheim, Riquewihr, Kaysersberg, Eguisheim et Thann compris.
  • Deux pics de tourisme : les vendanges en septembre et les marchés de Noël en décembre. Le printemps réunit lumière, calme et caves ouvertes, l'automne donne les plus beaux paysages du vignoble.

Ce que la route traverse vraiment

Le tracé ne suit pas la plaine du Rhin mais le piémont, cette bande étroite de collines qui sépare le massif vosgien de la plaine d'Alsace. Le vignoble s'y accroche entre 200 et 400 mètres d'altitude, sur des pentes exposées au sud et au sud-est. C'est cette géographie qui explique tout le reste : les Vosges arrêtent les pluies venues de l'ouest, et Colmar compte parmi les villes les moins arrosées de France, avec de l'ordre de 550 à 600 millimètres d'eau par an. Le raisin y mûrit lentement, sans excès d'humidité.

Un vignoble en ruban, pas en bloc

Là où le Bordelais ou la Bourgogne dessinent des massifs compacts, l'Alsace viticole forme un ruban de plus de cent kilomètres de long pour rarement plus de trois ou quatre de large. La route épouse ce ruban, et c'est pour cela qu'elle ne fait jamais de boucle : elle va d'un bout à l'autre. Le vignoble couvre de l'ordre de 15 500 hectares, dont une part classée en grands crus, cinquante et un lieux-dits délimités dont les sols et les expositions ont été reconnus un par un.

Deux départements, une seule appellation régionale

La route commence dans le Bas-Rhin et se termine dans le Haut-Rhin. Le partage n'est pas anodin : le Bas-Rhin, plus au nord, donne des vins souvent plus tendus, le Haut-Rhin des vins plus mûrs et plus riches. Les sols du vignoble alsacien se lisent d'ailleurs comme une mosaïque, granite, calcaire, grès, marne et volcanique, qui change parfois d'un versant à l'autre du même village.

1953 : l'année où la route a été inventée

Ce tracé n'a rien d'un chemin hérité du passé. Il a été créé en 1953, à une époque où le vignoble sortait exsangue de la guerre et où les vins d'Alsace se vendaient mal. Le principe consistait à relier par un fléchage unique des communes qui, jusque-là, vivaient chacune de son côté, et à faire venir le visiteur jusqu'au vigneron plutôt que d'attendre le négoce. La formule a été copiée partout depuis, en France comme ailleurs, mais l'Alsace a été la première.

Le fléchage a survécu sous la forme d'un panneau désormais familier, grappe stylisée sur fond ocre. Il vaut mieux le suivre que le GPS : la route officielle emprunte volontiers la petite voie qui passe au milieu des vignes plutôt que la départementale rapide qui longe la plaine, et un logiciel de navigation choisira systématiquement la seconde.

Le parcours, section par section

Découper l'itinéraire en tronçons cohérents évite de le subir. Chaque section a sa physionomie, et rien n'oblige à les enchaîner dans l'ordre.

Section Distance approximative Ce qui la caractérise
Marlenheim à Obernai 25 km La porte nord, proche de Strasbourg, peu fréquentée et très abordable
Obernai à Dambach-la-Ville 30 km Barr, Mittelbergheim et les remparts de Dambach-la-Ville
Dambach-la-Ville à Ribeauvillé 30 km Le Haut-Koenigsbourg domine la section, châteaux et forêt
Ribeauvillé à Colmar 20 km Le cœur touristique, Riquewihr et Kaysersberg, la section la plus dense
Colmar à Guebwiller 30 km Eguisheim, les collines du Florimont, un relief plus marqué
Guebwiller à Thann 25 km La porte sud, pentes raides et fin de parcours au pied du Rangen

Les distances données ici sont celles de la route touristique, plus longues que le trajet direct par la plaine. Le temps de conduite pur ne dépasse pas quatre heures pour la totalité du parcours, mais personne ne fait la route des vins en une journée sans la manquer entièrement.

Les villages, et ce qui les distingue

Au nord, la partie que l'on saute à tort

Marlenheim ouvre l'itinéraire et reste boudée par les cars. Le village possède pourtant son grand cru, le Steinklotz, sur un coteau calcaire qui donne des rieslings droits. Plus au sud, Molsheim, Obernai et Barr forment une suite de bourgs à colombages moins saturés que ceux du Haut-Rhin, avec des caves qui prennent le temps de recevoir. Mittelbergheim, perché au-dessus de la plaine, figure parmi Les Plus Beaux Villages de France sans en subir la fréquentation.

Le cœur du parcours, entre Ribeauvillé et Colmar

C'est la portion que tout le monde photographie. Riquewihr, protégée par ses remparts, a conservé un tissu de maisons des seizième et dix-septième siècles que la guerre a épargné. Hunawihr et son église fortifiée, Eguisheim et ses rues concentriques, Kaysersberg au pied de son château et de son pont fortifié : quatre communes qui portent le label des Plus Beaux Villages de France, à quelques kilomètres les unes des autres. Ribeauvillé, adossée à trois châteaux forts en ruine, sert de camp de base commode.

La densité a un revers. Entre juin et septembre, ces villages se traversent au pas et le stationnement devient un sport. Arriver avant dix heures ou après dix-sept heures change entièrement l'expérience, et la lumière rasante de fin de journée sur les vignes vaut à elle seule le décalage.

Au sud, le relief se redresse

Après Colmar, la route prend de la hauteur. Guebwiller étage ses quatre grands crus sur des pentes sévères, et Thann ferme le parcours au pied du Rangen, le vignoble le plus méridional et le plus escarpé d'Alsace, planté sur une roche volcanique unique dans la région. La ville de Thann garde une collégiale gothique dont la flèche ajourée mérite l'arrêt, et l'on quitte l'itinéraire par une vallée qui monte vers les Vosges.

La cicatrice de la guerre, visible dans l'architecture

Un détail intrigue les visiteurs attentifs : certains villages du vignoble alsacien n'ont pas de vieilles maisons. Bennwihr, Mittelwihr et Sigolsheim, tous trois sur la route entre Ribeauvillé et Colmar, ont été rasés pendant l'hiver 1944-1945, lors des combats de la poche de Colmar, l'un des derniers épisodes de la Seconde Guerre mondiale sur le sol français. Ils ont été reconstruits dans les années cinquante, d'où leur silhouette nette et leurs façades sans colombages.

Cette destruction explique aussi l'état du vignoble en 1953 et, indirectement, la création de la route. À Mittelwihr, un coteau surnommé la Côte des Amandiers doit son nom aux amandiers qui y fleurissent tôt, signe d'un microclimat particulièrement chaud. Le contraste entre ces communes reconstruites et Riquewihr, intacte à quelques kilomètres, est l'une des choses les plus parlantes que l'on puisse observer sur ce parcours.

Les paysages, et l'endroit d'où les regarder

Le paysage du vignoble change trois fois dans l'année et n'a rien d'un décor figé. Au printemps, les rangs encore nus laissent voir le relief du sol et la couleur de la terre, brune au nord, plus claire sur les calcaires du centre. En été, la vigne referme tout et l'on ne voit plus que du vert jusqu'aux crêtes du massif vosgien. L'automne donne le panorama le plus photographié de la région, quand les feuilles virent au jaune et au rouge sang selon le cépage, le pinot noir tournant nettement plus tôt que le riesling.

Les points de vue les plus parlants ne sont pas sur la route mais juste au-dessus. Zellenberg, minuscule village juché sur une crête entre Riquewihr et Beblenheim, offre un panorama exceptionnel sur toute la plaine et sur les collines voisines, sans monter plus de quelques minutes. La terrasse du Haut-Koenigsbourg, les hauteurs de Guebwiller et le sentier qui domine Thann donnent des lectures très différentes du même vignoble, l'une sur la largeur, l'autre sur la pente. Ce paysage de coteaux pittoresques n'a pas été dessiné par le tourisme : il est le résultat d'un découpage parcellaire hérité du Moyen Âge, où chaque famille possédait quelques rangs dans plusieurs lieux-dits à la fois.

La nature reprend rapidement ses droits dès que l'on s'écarte des rangs. Les coteaux secs du piémont abritent une flore de milieu chaud rare ailleurs en Alsace, et plusieurs communes entretiennent des murets de pierre sèche qui servent d'abri à cette faune. C'est aussi ce qui explique l'installation de la viticulture biologique et biodynamique sur une part importante du vignoble alsacien, plus forte ici que la moyenne française.

Faire la route à vélo

Une véloroute du vignoble d'Alsace double l'itinéraire routier sur l'essentiel de son tracé, souvent sur des chemins d'exploitation goudronnés au milieu des parcelles. Elle règle d'un coup le principal problème de ce type de voyage : personne n'a besoin d'être le conducteur désigné. Le relief reste doux tant que l'on ne monte pas vers les crus les plus pentus, et les gares du réseau régional jalonnent le parcours, ce qui permet de faire une portion à vélo et de revenir en train.

Cet itinéraire cyclable s'inscrit dans un ensemble plus vaste : l'EuroVelo 5, qui relie Londres à Brindisi, traverse l'Alsace du nord au sud et suit par endroits le même couloir, en parallèle de la piste locale. Il ne faut pas confondre les deux balisages, le premier privilégiant la continuité et la vitesse, le second la traversée des villages. Sur le terrain, on passe de l'un à l'autre sans y penser, et la carte cyclable régionale distingue clairement les deux tracés.

Trois précautions valent d'être connues. Les sacoches supportent mal plus de six bouteilles, il vaut donc mieux faire expédier ses achats depuis la cave. Les chemins de vigne sont ouverts aux tracteurs, et pendant la vendange ils leur appartiennent en pratique. Enfin la carte papier ou l'application hors ligne restent utiles : la couverture réseau se dégrade dans les combes, et le balisage cycliste ne suit pas partout la route touristique.

Les sentiers viticoles, l'option la plus lente

Une trentaine de communes du vignoble entretiennent un sentier viticole balisé, en boucle de deux à six kilomètres, avec des panneaux qui expliquent les cépages, les sols et le travail du vigneron au fil des saisons. Rien n'aide autant à comprendre ce que l'on boira ensuite, et l'accès en est libre. Le sentier de Bergheim et celui d'Eguisheim comptent parmi les plus documentés.

Un itinéraire de cinq jours qui tient debout

La tentation est de tout voir. Voici un découpage réaliste, du nord au sud, qui laisse le temps de s'arrêter.

  1. Jour 1, Marlenheim à Obernai. Prise en main de l'itinéraire, deux caves, une nuit à Obernai ou à Barr.
  2. Jour 2, Barr à Dambach-la-Ville. Mittelbergheim le matin, sentier viticole l'après-midi, dégustation en fin de journée.
  3. Jour 3, Dambach-la-Ville à Ribeauvillé. Montée au Haut-Koenigsbourg le matin, quand le site est encore calme, vignoble l'après-midi.
  4. Jour 4, Ribeauvillé à Colmar. Riquewihr, Hunawihr et Kaysersberg tôt, arrivée à Colmar en fin de journée.
  5. Jour 5, Colmar à Thann. Eguisheim, les crus de Guebwiller, puis le Rangen et la sortie sud.

Le même découpage se lit à l'envers pour qui arrive par Mulhouse plutôt que par Strasbourg. Sur trois jours, on garde les jours 3, 4 et 5 et l'on sacrifie la partie nord, qui est la moins spectaculaire mais aussi la plus tranquille. Depuis Colmar, base la plus centrale du vignoble, il est possible de rayonner sans changer d'hébergement.

Manger et dormir le long du parcours

La table fait partie du voyage autant que la cave, et la gastronomie alsacienne se lit ici dans deux formats distincts. La winstub est une salle modeste, dont le nom alsacien désigne l'endroit où l'on sert le vin ; on y boit au verre les cuvées de la maison ou du village, sur une carte courte de plats régionaux. Elle se trouve au cœur des bourgs viticoles et reste ouverte à midi comme le soir. La ferme-auberge, elle, est perchée dans la montagne au-dessus du vignoble, sur les chaumes vosgiennes, et sert le repas marcaire, un menu unique issu de l'exploitation. Les deux sont des institutions, pas des reconstitutions pour visiteurs.

Pour dormir, l'hébergement chez le vigneron reste l'option la plus intéressante et la moins connue : gîtes aménagés dans les dépendances, chambres d'hôtes au-dessus du caveau, avec le petit déjeuner pris à la table de la famille. Réserver une adresse au cœur d'un village viticole plutôt qu'en périphérie change la soirée : les rues se vident vers dix-huit heures et se retrouvent alors pour les seuls résidents. En haute saison et pendant les marchés de Noël, il faut s'y prendre plusieurs mois à l'avance dans les communes les plus demandées.

Quand partir

Saison Ce que l'on gagne Ce que l'on perd
Avril à juin Villages fleuris, vignes vertes, caves disponibles Météo instable, certaines fermes-auberges pas encore ouvertes
Juillet et août Journées longues, fêtes du vin dans presque chaque commune Affluence maximale, chaleur, stationnement difficile
Septembre et octobre La vendange en cours, couleurs du vignoble, millésime en direct Vignerons très occupés, visites plus courtes, routes encombrées de tracteurs
Décembre Marchés de Noël dans les villages, ambiance sans équivalent Le vignoble est nu, les week-ends sont saturés

Le mois d'octobre, une fois la vendange rentrée, réunit le plus d'avantages : le vigneron a de nouveau du temps, les feuilles ont pris leur couleur, et l'affluence de l'été a disparu. Novembre et les deux premiers mois de l'année restent creux, avec de nombreuses caves fermées ou sur rendez-vous.

Se repérer et préparer son circuit

Le fléchage suffit à ne pas se perdre, il ne suffit pas à organiser une journée. Chaque commune un peu importante dispose d'un office de tourisme, et ceux de Colmar, Obernai, Ribeauvillé, Barr et Thann couvrent chacun une portion entière de l'itinéraire. Ils tiennent à jour ce qu'aucune carte imprimée ne peut donner : les caves réellement ouvertes le jour de votre passage, les événements en cours et les fermetures pour vendange. Le tourisme viticole étant saisonnier, une information de l'an dernier ne vaut rien.

Trois documents rendent service. La carte routière classique, qui montre les distances réelles entre villages et les liaisons vers la plaine. Le plan de la véloroute, distribué gratuitement par les offices de tourisme, qui indique les gares et les dénivelés. Enfin la carte des lieux-dits classés, utile pour comprendre ce que l'on a sous les yeux : elle transforme un coteau anonyme en parcelle nommée. À proximité immédiate de l'itinéraire, les grandes villes valent aussi le détour, et l'on peut par exemple déguster les vins d'Alsace à Strasbourg avant même d'avoir pris la route.

Un mot enfin sur le rythme. La plupart des visiteurs sous-estiment le temps passé dans chaque cave, qui tourne autour d'une heure dès que la discussion s'engage, et surestiment la distance qu'ils peuvent couvrir. Un circuit réussi tient en peu de choses : une réservation le matin, une visite libre l'après-midi, et une soirée sans voiture.

Sept questions avant de prendre la route

Quelle est la longueur exacte de la Route des Vins d'Alsace ?
Elle mesure 170 km entre Marlenheim, au nord, et Thann, au sud. En suivant tous les crochets par les villages, le compteur affiche facilement 200 km.
Combien de jours faut-il prévoir ?
Quatre à cinq jours pour parcourir la totalité de la route sans se presser. Trois jours suffisent pour la section centrale, entre Dambach-la-Ville et Thann, qui concentre les villages les plus connus.
Faut-il réserver pour visiter une cave ?
Beaucoup de domaines reçoivent sans rendez-vous en semaine, avec un caveau ouvert aux horaires de boutique. La réservation devient nécessaire le samedi, en période de vendange et pour toute visite du chai commentée.
La dégustation est-elle payante ?
Chez le vigneron indépendant, elle est le plus souvent offerte, et rien n'oblige à repartir avec une bouteille. Une visite du chai commentée, qui montre le travail de la vigne et du pressoir, se facture en revanche, en général entre dix et vingt-cinq euros par personne.
Peut-on faire la route des vins sans voiture ?
Oui. La véloroute du vignoble relie l'essentiel des communes viticoles, et les gares de Sélestat, Colmar, Obernai ou Rosheim permettent d'entrer et de sortir de l'itinéraire en train. C'est la solution la plus sûre pour qui veut déguster.
Quels vins goûte-t-on le long du parcours ?
Les sept cépages alsaciens, sylvaner, pinot blanc, riesling, muscat, pinot gris, gewurztraminer et pinot noir, ainsi que le crémant et, sur certains domaines, les vendanges tardives. Chaque village met en avant ce que son terroir réussit le mieux.
Quel est le meilleur point de départ ?
Strasbourg pour entrer par le nord à Marlenheim, Mulhouse pour entrer par le sud à Thann, Colmar pour attaquer directement la section centrale. Les trois se rejoignent facilement en train depuis Paris.

Le vignoble de Cleebourg, l'exception qui n'est pas sur la route

Le nord du vignoble alsacien ne s'arrête pas à Marlenheim. À une soixantaine de kilomètres plus haut, près de Wissembourg et de la frontière allemande, le vignoble de Cleebourg forme une enclave isolée de quelques centaines d'hectares, en dehors de tout itinéraire fléché. On y produit surtout du pinot blanc, de l'auxerrois et du pinot gris, dans un style plus vif que celui du Haut-Rhin, et la cave coopérative y concentre presque toute la production.

L'oublier est fréquent, y compris dans les guides. Le détour n'a rien d'évident si l'on suit le tracé classique, mais il change la lecture que l'on a de la région : le vignoble alsacien n'est pas une ligne continue, c'est une ligne plus un point, séparés par une zone de forêt et de grandes cultures. Pour qui remonte vers l'Allemagne après le parcours principal, la halte se justifie pleinement.

Les détours qui valent le temps qu'ils coûtent

Le château du Haut-Koenigsbourg

Perché à 755 mètres au-dessus d'Orschwiller, le Haut-Koenigsbourg domine toute la partie centrale du parcours. Ruiné depuis le dix-septième siècle, il a été reconstruit entre 1900 et 1908 sur ordre de Guillaume II, alors que l'Alsace était allemande, dans une restitution qui a fait débat dès l'origine. Par temps clair, la vue porte sur la plaine, la Forêt-Noire et parfois les Alpes. La montée depuis le vignoble prend une vingtaine de minutes en voiture, et le site est saturé à partir de onze heures en haute saison.

Les autres crochets

La Petite Venise de Colmar, le musée Unterlinden et son retable d'Issenheim, le mont Sainte-Odile au-dessus d'Obernai, ou encore le Marathon du Vignoble d'Alsace, qui se court chaque année en juin à travers les parcelles, prolongent utilement le parcours. À Rosheim, l'église Saints-Pierre-et-Paul est l'un des plus complets témoignages d'art roman de la région, bâtie au douzième siècle en grès jaune. Plus au sud, les trois châteaux forts médiévaux qui dominent Ribeauvillé se rejoignent par un sentier depuis le village, en deux heures de marche.

La sortie sud réserve un dernier crochet peu emprunté : depuis Thann, la petite ville voisine de Cernay ouvre sur la vallée de la Thur et sur le Vieil Armand, haut lieu de la Première Guerre mondiale. On quitte alors franchement le vignoble pour la montagne, et c'est une manière cohérente de terminer un voyage qui a commencé dans les plaines du Bas-Rhin.

Déguster sans prendre de risque, et rapporter ses bouteilles

Le sujet se pose dès la deuxième cave. La limite légale au volant est fixée à 0,5 gramme d'alcool par litre de sang, et à 0,2 seulement pour un permis probatoire ; deux dégustations complètes suffisent à s'en approcher. Sur cet itinéraire, trois habitudes se sont installées : le crachoir, systématiquement proposé et jamais mal vu chez un vigneron, le conducteur désigné, ou le vélo. Les règles de la dégustation en Alsace et le vocabulaire employé au caveau s'apprennent en une visite.

Pour le transport des achats, un carton de douze bouteilles pèse environ quinze kilos et passe sans difficulté en train. La voiture demande plus de précaution : le coffre monte à des températures qui abîment un vin blanc en une après-midi d'été, et une glacière n'est pas un luxe. La plupart des domaines et caves du vignoble expédient par transporteur spécialisé, ce qui reste la solution la plus sûre au-delà de quelques bouteilles.

Ce que le fléchage ne dit pas

Trois choses s'apprennent en roulant, jamais sur une carte. La première est que le nom d'un grand cru désigne un lieu-dit, pas un domaine : plusieurs vignerons se partagent la même parcelle classée et en tirent des vins très différents. La deuxième est que les communes les plus photographiées ne sont pas forcément celles où l'on boit le mieux, et qu'un village sans charme évident peut abriter une cave remarquable. La troisième est que le meilleur moment d'une visite arrive quand le vigneron cesse de servir et commence à parler de sa parcelle.

Une dernière remarque vaut pour toute la région. Sur le versant oriental des Vosges, on peut encore rencontrer le producteur de la bouteille que l'on ouvrira le soir au restaurant du village. Découvrir un gewurztraminer sec chez un vigneron accueillant, puis monter dans la cité médiévale voisine et vers ses châteaux, n'a rien d'un programme touristique : c'est simplement ce que permet de parcourir la route à un rythme raisonnable. Les cinq ou six villages emblématiques de l'itinéraire concentrent l'affluence, et la plus belle journée d'un voyage se passe souvent ailleurs.

La route des vins fonctionne comme un fil : elle relie, elle ne remplace pas. Le reste du travail se fait en s'arrêtant, en montant dans les vignes derrière le village, en revenant deux ans plus tard goûter le même vin. Pour préparer les visites et les activités possibles au fil des saisons, notre guide de l'oenotourisme en Alsace détaille ce qui s'organise à l'avance et ce qui se décide sur place.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

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