Le klevener de Heiligenstein, savagnin rose de cinq villages d'Alsace

Le klevener de Heiligenstein est un vin blanc d'Alsace issu du savagnin rose, seul cépage que son cahier des charges autorise. Cinq communes du Bas-Rhin en produisent, autour du village de Heiligenstein, sur une quarantaine d'hectares : c'est l'appellation la plus rare du vignoble alsacien, et la seule qui porte un nom de commune.

En résumé

  • Un seul cépage autorisé, le savagnin rose, parent du gewurztraminer mais beaucoup moins exubérant que lui.
  • Cinq communes du Bas-Rhin autour de Barr : Heiligenstein, Bourgheim, Gertwiller, Goxwiller et Obernai.
  • Klevener n'est pas klevner : klevner désigne le pinot blanc, deux vignes sans rapport que les fiches de cépages en ligne confondent encore.
  • Ni grand cru, ni crémant, ni vendanges tardives : le décret de l'appellation ferme ces trois mentions au savagnin rose.
  • Vin sec à demi-sec, au profil aromatique retenu, à servir entre 8 et 10 degrés et à boire dans ses cinq premières années.

Un savagnin rose, et lui seul

Le cahier des charges est sans ambiguïté : les vins qui portent la dénomination klevener de Heiligenstein proviennent d'un cépage unique, le savagnin rose, appelé aussi traminer. Sa baie prend à maturité une teinte rosée qui ne se retrouve pas dans le verre, mais qui explique une partie de sa richesse en bouche et de sa couleur.

Ce savagnin rose appartient à la même famille que le gewurztraminer, dont les arômes de litchi et de rose dominent les vins d'Alsace. Ce dernier a été sélectionné au fil des siècles comme une forme muscatée du savagnin rose, plus intense, plus démonstrative et plus complexe. La parenté est donc réelle, et c'est précisément ce qui rend la comparaison trompeuse : le klevener n'est pas un cousin raté, c'est la version non muscatée de la même souche, restée plus discrète et plus tendue.

Un vigneron qui plante du gewurztraminer dans l'aire délimitée ne pourra pas revendiquer la mention pour autant. Le cahier des charges ferme la porte aux autres membres de la famille, et c'est ce qui protège le caractère du vin plus sûrement que n'importe quel argument de vente.

Klevener ou klevner : deux mots, deux cépages

La confusion est ancienne et elle circule encore. En Alsace, klevner sans e central désigne le pinot blanc, qui donne un vin rond et souple et sert de base au crémant. Klevener avec deux e désigne le savagnin rose de Heiligenstein, qui n'a rien à voir avec lui, ni par la vigne, ni par le goût. Plusieurs fiches de cépages accessibles en ligne présentent pourtant les deux mots comme des synonymes. Le test le plus simple reste l'étiquette : le mot Heiligenstein accompagne toujours le vrai klevener.

Cinq communes, une aire de production close

L'aire de production tient en cinq communes du Bas-Rhin, toutes situées autour de Barr, sur le piémont des Vosges : Heiligenstein, Bourgheim, Gertwiller, Goxwiller et Obernai. À une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Strasbourg, le site occupe des coteaux orientés à l'est, sur des sols marno-calcaires. Ce terroir de piémont, moins profond que les plaines voisines, donne au vin sa fraîcheur et son équilibre.

La surface plantée reste inférieure à quarante hectares pour l'ensemble de la France, soit moins d'un pour cent des surfaces alsaciennes. C'est, dans toute la France, un cas unique de dénomination communale. Une dizaine de viticulteurs seulement en proposent à Heiligenstein, auxquels s'ajoutent quelques maisons de négoce qui achètent du raisin sur place. La production annuelle se compte en dizaines de milliers de bouteilles, là où un cépage courant de la même région se compte en millions.

Trois limites découlent de cette délimitation, et elles surprennent souvent. Aucune des cinq communes ne compte de lieu-dit classé : un klevener ne peut donc pas porter la mention grand cru, réservée à cinquante et un lieux-dits du vignoble. Le savagnin rose ne figure pas non plus parmi les cépages admis pour le crémant d'Alsace, ce qui exclut toute version effervescente, qu'elle soit brut ou demi-sec. Enfin, le décret réserve les mentions vendanges tardives et sélection de grains nobles à quatre cépages seulement, dont le savagnin rose ne fait pas partie : il n'existe donc pas de klevener liquoreux revendiqué comme tel.

Pourquoi le klevener de Heiligenstein est-il si rare ?

Parce que son aire de production est limitée à cinq communes du Bas-Rhin et que le savagnin rose y occupe moins de quarante hectares. Le cépage donne des rendements modestes et n'est cultivé nulle part ailleurs sous cette dénomination, ce qui borne mécaniquement le nombre de bouteilles disponibles chaque année.

De Tramin à Heiligenstein : l'origine du mot

Le mot traminer renvoie à Tramin, en italien Termeno, un village viticole du Trentin-Haut-Adige d'où la souche serait originaire. Klevener, lui, est traditionnellement rattaché à Cleven, forme allemande de Chiavenna, une bourgade lombarde par laquelle transitaient les vins et les plants venus du sud. Aucune de ces deux étymologies n'est démontrée, et elles se transmettent surtout par les écrits des vignerons.

La tradition locale attribue l'implantation du cépage à un bourgmestre de Heiligenstein du dix-huitième siècle, qui aurait fait venir des plants du Tyrol et convaincu ses voisins de les cultiver. L'épisode se raconte partout dans le village, mais il relève de la mémoire locale plus que du récit historique documenté : aucune pièce d'archive largement accessible ne le confirme dans le détail. Ce qui est établi, en revanche, c'est que le savagnin rose s'y maintient depuis cette époque alors qu'il a reculé presque partout ailleurs en Alsace.

La reconnaissance officielle a été acquise beaucoup plus tard, quand le village s'est inscrit au cahier des charges de l'appellation. L'étiquette porte alors deux informations distinctes : l'appellation d'origine contrôlée Alsace, puis la mention klevener de Heiligenstein. C'est le seul cas où une mention de cette appellation désigne une commune, et non un cépage ou un lieu-dit.

Quelle est l'origine du klevener de Heiligenstein ?

Le cépage est le savagnin rose, une souche que l'on rattache à Tramin dans le Haut-Adige, d'où le nom de traminer. La tradition locale situe son arrivée à Heiligenstein au dix-huitième siècle, à l'initiative d'un bourgmestre du village. Klevener est rapproché de Cleven, forme allemande de Chiavenna en Lombardie.

Ce que l'on trouve dans le verre

La robe est d'un jaune pâle à jaune doré : la couleur fonce avec l'âge de la bouteille et selon l'année de récolte. Le nez s'ouvre sur des notes florales, de la fleur d'acacia et de l'aubépine, avec des fruits à chair blanche et une pointe d'épices douces. Le litchi peut apparaître en arrière-plan, mais il reste discret là où il sature un verre de gewurztraminer.

La bouche est ample sans être lourde, riche sans être pesante, avec une texture presque veloutée et une belle longueur. Le degré d'alcool tourne autour de douze degrés et demi. Certains producteurs vinifient sec, d'autres laissent quelques grammes de sucre résiduel qui arrondissent la finale sans aller jusqu'au moelleux, et l'étiquette ne le précise pas toujours. Le choix tient à la préférence du vigneron autant qu'à l'année. C'est la question à poser au caveau : deux bouteilles du même village ne se boivent pas forcément dans les mêmes circonstances.

ComparaisonKlevenerGewurztraminerPinot gris
Intensité du nezRetenueTrès forteMoyenne
Registre dominantFloral et épices doucesLitchi et roseFruits confits et fumé
Sucre résiduel courantSec à demi-secSec à moelleuxSec à moelleux
Mention grand cru possibleNonOuiOui

Quelles sont les caractéristiques du klevener de Heiligenstein ?

C'est un vin à la robe jaune pâle, au nez floral et légèrement épicé, plus retenu que celui d'un gewurztraminer. La bouche est ample, veloutée, avec une belle longueur et parfois quelques grammes de sucre résiduel. Le degré tourne autour de douze degrés et demi.

Servir et garder une bouteille

La température de service se situe entre 8 et 10 degrés, un cran plus haut que pour un riesling. Trop froid, le vin perd ses arômes floraux et ne laisse plus que sa fraîcheur ; trop chaud, sa rondeur devient pâteuse. Un verre à vin classique, resserré au buvant, concentre le nez sans l'écraser.

La garde tient entre trois et cinq ans pour la plupart des cuvées, un millésime solide offrant de belles années supplémentaires. Le vin gagne alors des arômes plus complexes et perd un peu de son éclat floral, ce qui plaira à certains et pas à d'autres. Comme pour l'ensemble des vins du vignoble, la durée de garde dépend surtout du cépage et du millésime, et la bouteille se couche à l'abri de la lumière, entre 10 et 14 degrés.

À quelle température servir le klevener de Heiligenstein ?

Entre 8 et 10 degrés, soit un peu moins frais qu'un riesling. En dessous de 8 degrés les arômes floraux disparaissent, et au-dessus de 12 degrés la rondeur du vin devient lourde. Une heure au réfrigérateur suffit à partir d'une bouteille conservée en cave. Le déguster trop froid est en effet l'erreur la plus courante.

Les accords qui fonctionnent, et ceux qui écrasent le vin

Sa retenue aromatique en fait un vin de repas bien plus polyvalent que sa réputation ne le laisse croire. Il tient tête à des plats que son cousin plus démonstratif dominerait, tout en supportant une pointe d'épices que le sylvaner ne supporterait pas. C'est ce qui explique sa présence sur quelques cartes de restaurant, là où la gastronomie régionale mêle le sucré et le salé.

  • Les plats de poisson en sauce, notamment le sandre au beurre blanc et la truite à la crème.
  • Une volaille rôtie ou une viande blanche accompagnée d'une sauce crémée.
  • La cuisine douce et épicée, un tajine de poulet aux abricots ou un curry peu relevé.
  • Les fromages à pâte molle et croûte fleurie, moins puissants qu'un munster.
  • Une tarte aux quetsches ou aux mirabelles en fin de repas : c'est l'accompagnement le plus sûr d'une cuvée qui porte du sucre résiduel.

À éviter en revanche : les fruits de mer crus, que sa rondeur alourdit, et les fromages persillés, qui effacent tout. Pour le reste du vignoble, le choix du vin selon le plat suit des règles assez stables que le klevener respecte dans l'ensemble.

Quels plats accompagner avec le klevener de Heiligenstein ?

Les plats de poisson en sauce, les volailles et les viandes blanches crémées, la cuisine douce et épicée, ainsi que les fromages à pâte molle. Une cuvée demi-sec accompagne aussi une tarte aux quetsches. Les fruits de mer crus et les fromages persillés sont à éviter.

Où en trouver

La réponse est décevante et pourtant instructive : essentiellement sur place. Une dizaine de viticulteurs vendent au caveau à Heiligenstein et dans les communes voisines, et c'est là que se trouvent les cuvées en bio comme les vieilles vignes. Quelques cavistes de Strasbourg et de Colmar en tiennent, la vente en ligne des domaines s'est développée, mais les volumes partent vite après la mise en bouteille.

Le village se traverse en quelques minutes depuis Barr, sur l'itinéraire qui relie les villages viticoles du piémont. Une dégustation au caveau reste le moyen le plus sûr de comparer une cuvée vinifiée sans sucre et une demi-sec, et l'usage du crachoir permet d'en goûter plusieurs sans rien consommer. Le conseil qui revient chez les vignerons est d'ailleurs de déguster les deux styles avant de choisir : l'écart entre les deux est en effet plus marqué qu'entre deux millésimes.

Côté budget, une bouteille se situe dans la fourchette haute des vins d'Alsace de cépage sans être hors de portée, la rareté jouant davantage que la difficulté de production. Pour situer ce niveau par rapport au reste de la région, les fourchettes de prix par appellation donnent un ordre de grandeur utile avant de pousser la porte d'un domaine.

Où acheter du klevener de Heiligenstein ?

Principalement au caveau, chez la dizaine de viticulteurs de Heiligenstein et des communes voisines. Quelques cavistes alsaciens en proposent et plusieurs domaines vendent en ligne, mais les volumes disponibles restent faibles et partent rapidement après la mise en bouteille.

Un vin à découvrir pour ce qu'il est

Le klevener de Heiligenstein souffre d'être présenté par comparaison, tantôt comme un gewurztraminer assagi, tantôt comme une curiosité locale à goûter une fois. Ni l'un ni l'autre ne rend justice à un vin qui a sa propre place à table, entre la nervosité d'un riesling et l'exubérance de son cousin muscaté. Le monde du vin d'Alsace compte peu de cas comparables : une commune, un cépage, une dénomination, et cinq villages qui ont conservé une culture viticole que le reste de la région avait abandonnée. Peu d'appellations se laissent déguster aussi rarement, et c'est un vin plus complexe qu'il n'en a l'air.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. La rareté d'un flacon ne dispense pas de cette modération, et la santé passe avant la curiosité.

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