La flûte d'Alsace est une bouteille de type vin du Rhin, haute, fine et élancée, que le droit français réserve depuis 1955 aux vins du vignoble alsacien. Réservée ne veut pas dire imposée : c'est un décret de 1971 qui en a fait le seul contenant des appellations, et cette exclusivité a été levée en 2024.
En résumé
- Forme fixée par arrêté : un corps droit d'apparence cylindrique, un col allongé, une hauteur d'environ cinq fois le diamètre de base.
- Le décret du 20 mai 1955 réserve la bouteille aux vins d'Alsace, celui du 30 juin 1971 la leur rend obligatoire. Ce sont deux règles différentes.
- Depuis mars 2024, deux profils un peu plus évasés, bourgeoise et renaissance, ont rejoint le cahier des charges. La bourguignonne reste exclue.
- La mise en bouteille dans le Bas-Rhin ou le Haut-Rhin, elle, n'a pas bougé.
Ce que le règlement appelle une flûte
L'arrêté du 13 mai 1959, qui encadre l'emploi de la bouteille du type vin du Rhin, ne décrit pas une silhouette mais une géométrie. Le corps doit être droit et d'apparence cylindrique, surmonté d'un col au profil allongé, la hauteur valant approximativement cinq fois le diamètre de base, la partie cylindrique s'arrêtant vers le tiers de la hauteur totale. Traduit en centimètres, cela donne un contenant qui dépasse de quatre à cinq centimètres une bordelaise de même capacité, pour un diamètre plus faible.
Le verre est d'une teinte verte pour les vins blancs, une teinte blanche étant employée pour les rosés et certaines cuvées de pinot dont la couleur mérite d'être vue. Le fond ne porte pas la piqûre profonde d'une bouteille bordelaise ou bourguignonne : la flûte repose sur une base presque plate, détail sans conséquence pour le vin mais qui pèse au rangement, comme on le verra plus bas.
Une forme qui vient du Rhin, pas d'Alsace
Cette bouteille n'est pas une invention alsacienne. C'est la forme rhénane, commune aux vignobles d'Allemagne et d'Autriche, que la région partage avec eux par sa géographie autant que par son histoire. Le nom que lui donne le droit français le dit sans détour : ce qui est protégé est un type régional, celui du vin du Rhin, et l'Alsace en est la seule dépositaire de ce côté de la frontière.
La tradition dépasse d'ailleurs largement le bassin du Rhin. On embouteille en flûte longue et fine dans plusieurs pays, du nord de l'Italie à l'Autriche en passant par l'Europe centrale, partout où la vigne donne des blancs aromatiques que l'on veut distinguer d'un blanc de Bourgogne au premier coup d'oeil. La France, elle, a choisi d'en faire une règle écrite plutôt qu'un usage.
Réservée en 1955, imposée en 1971 : deux règles que l'on confond
Presque tout le monde s'y trompe, et pour une raison simple : deux textes distincts se lisent ici comme s'il n'y en avait qu'un.
Le décret du 20 mai 1955 réserve la bouteille : personne d'autre ne peut l'employer, hors des appellations expressément citées. La liste est courte et n'a rien d'alsacien : le château-grillet, dans la vallée du Rhône, le crépy en Savoie, le jurançon, le béarn en rosé et le tavel. Pour le cassis et les côtes-de-provence, c'est une variante cintrée à la base, appelée flûte à corset, qui est admise.
Le décret du 30 juin 1971 fait tout autre chose : il modifie la réglementation de l'appellation alsace pour rendre l'usage de la flûte exclusif. À partir de cette date, un vin d'appellation, du sylvaner au riesling de l'un des cinquante et un grands crus du vignoble, ne peut plus sortir du domaine dans un autre contenant. La première règle protège la bouteille contre le reste de la France, la seconde l'impose aux vignerons alsaciens eux-mêmes.
Ce que l'obligation couvre vraiment
Les contenances admises
Le décret du 19 mars 1963 énumère les capacités des bouteilles de type vin du Rhin : le litre-flûte de 100 cl, la bouteille de 70 cl, la demi-bouteille de 35 cl et le quart de 17,5 cl. La 75 cl que l'on trouve aujourd'hui sur toutes les tables s'est imposée ensuite, avec l'harmonisation européenne des contenances, et c'est elle que produit désormais l'essentiel de la verrerie.
| Contenant | Contenance | Ce qu'il en est aujourd'hui |
|---|---|---|
| Litre-flûte | 100 cl | Rare, surtout en vente directe |
| Bouteille | 70 cl au décret de 1963 | Remplacée dans les faits par la 75 cl |
| Demi-bouteille | 35 cl | Courante en 37,5 cl |
| Quart | 17,5 cl | Restauration et service à bord |
Embouteiller sur place, une seconde contrainte
Une seconde obligation, moins connue, accompagne la première : le vin doit être conditionné dans sa région d'origine. La loi du 5 juillet 1972 a imposé la circulation et la mise en vente en bouteilles, écartant les fûts, les caisses-outres et les cubitainers, et a limité l'embouteillage aux départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Aucun négociant ne peut donc expédier un vin d'appellation en vrac pour le conditionner ailleurs. La profession appelle cela la mise d'origine, et c'est probablement la protection la plus efficace du vignoble, bien avant la question de la forme du verre.
Depuis 2024, la flûte n'est plus le seul contenant admis
L'article du cahier des charges consacré au conditionnement a fait de cette bouteille l'unique contenant admis pendant près de soixante-dix ans. Réunis le 27 mars 2024, les délégués de l'Association des viticulteurs d'Alsace ont approuvé l'ajout de nouveaux formats : deux profils un peu plus évasés, appelés bourgeoise et renaissance. Le débat était ouvert dans la profession viticole depuis 2021, et la révision régularise surtout un écart constaté par le service des fraudes, plusieurs opérateurs employant d'autres formes depuis une vingtaine d'années.
Ce que le texte refuse est aussi instructif que ce qu'il accorde :
- la bourguignonne demeure exclue, les cotes des nouvelles bouteilles ayant été fixées pour ne pas s'en approcher ;
- le bag-in-box et la canette restent interdits ;
- le conditionnement plastique est admis en dessous de 20 cl, pour les formats servis à bord des avions ;
- la mise d'origine n'est pas touchée.
La flûte reste donc réservée aux vins d'Alsace : ce qui change est qu'elle cesse d'être la seule possible. Sur un point aussi mouvant, c'est le cahier des charges homologué qui fait foi, et lui seul donne la liste des formats en vigueur à une date donnée. Il se consulte auprès de l'Institut national de l'origine et de la qualité.
Les exceptions que l'on croise en rayon
Un rayon alsacien contient des bouteilles qui ne sont pas des flûtes, et aucune n'est en infraction.
Le crémant d'Alsace est le cas le plus visible. Il est habillé d'une bouteille de type champenoise, épaisse et à piqûre profonde, parce qu'un vin effervescent travaille sous pression et qu'une paroi fine n'y résisterait pas. Le choix est mécanique avant d'être esthétique, et il ne doit rien au cahier des charges des vins tranquilles.
Les vins issus de la même vigne mais vendus hors appellation, en vin de France ou en indication géographique protégée, échappent pour leur part à la règle : un producteur peut les conditionner comme il l'entend, et certains s'en servent pour proposer des cuvées en bouteille bourguignonne ou en grand format. C'est la raison pour laquelle un domaine peut présenter, sur le même stand de foire, deux cuvées voisines dans deux bouteilles différentes.
Le pinot noir, unique rouge que l'Alsace revendique, reste dans la flûte tant qu'il revendique l'appellation, alors que sa parenté bourguignonne pousserait vers une autre forme. La demande a été écartée en 2024, et c'est le point sur lequel la révision s'est arrêtée net.
Cinq questions revenues du comptoir de dégustation
Qu'est-ce qu'une flûte d'Alsace ?
C'est une bouteille de type vin du Rhin, haute et fine, à corps droit d'apparence cylindrique et à col allongé, dont la hauteur vaut environ cinq fois le diamètre de base. Le droit français la réserve aux vins d'Alsace depuis le décret du 20 mai 1955.
Pourquoi la flûte d'Alsace est-elle unique ?
Parce qu'elle est le seul contenant que la France réserve nommément à une région, avec une liste d'exceptions arrêtée en 1959 et limitée à cinq appellations. Sa forme n'apporte rien au vin lui-même : elle sert à le rendre reconnaissable en rayon.
Quels vins sont embouteillés en flûte d'Alsace ?
Tous les vins tranquilles de l'appellation, du sylvaner au gewurztraminer, y compris les grands crus, les vendanges tardives et le pinot noir. Le crémant fait exception et sort en bouteille de type champenoise.
Quels sont les formats de la flûte d'Alsace ?
Le décret du 19 mars 1963 retenait le litre-flûte de 100 cl, la bouteille de 70 cl, la demi-bouteille de 35 cl et le quart de 17,5 cl. Dans le commerce, la 75 cl domine largement, devant la 37,5 cl et le magnum.
Quelle est l'histoire de la flûte d'Alsace ?
La forme est rhénane et bien plus ancienne que sa protection juridique, qui date de 1955. Son usage est devenu obligatoire pour les vins d'appellation avec le décret du 30 juin 1971, avant d'être assoupli par la révision du cahier des charges votée en mars 2024.
Ce que cette forme change dans une cave et à table
Une flûte se range mal, et tous ceux qui en gardent quelques-unes l'ont constaté. Les quatre à cinq centimètres de longueur supplémentaires suffisent à la faire dépasser d'un casier dimensionné pour la bordelaise, et une clayette d'armoire à vin devient vite limitante en profondeur. Son faible diamètre joue en revanche dans l'autre sens : à largeur égale, on en serre davantage côte à côte. Le problème vient de la longueur, jamais de la largeur, ce qui oriente le choix du matériel quand on veut aménager une cave à vin autour d'une majorité de bouteilles alsaciennes.
Au service, la base presque plate n'a que des avantages. Un blanc d'Alsace ne dépose quasiment pas, il ne demande ni panier ni décantation, et la bouteille se verse jusqu'au bout sans qu'un fond trouble vienne gâcher le dernier verre. Le col étroit ralentit légèrement le versement, ce qui suffit à éviter les éclaboussures dans un verre fin. Reste que ces vins, riesling en tête, se boivent frais : le premier réflexe est de sortir la bouteille du casier bien avant le repas, pas de se demander comment elle y entrait.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.












